Se parler plutôt que de prendre du Viagra - Photo : © istock

Article publié sur Sciences&Avenir par Elena Sender, le 23 novembre 2015.

« Une étude canadienne l’affirme : la fréquence de relations sexuelles joue sur le bien-être mais jusqu’à un certain seuil.

FRÉQUENCE. Faire l’amour rend plus heureux lorsqu’on en est en couple, d’après de nombreuses enquêtes. Oui mais à quelle fréquence ? Telle est la question que s’est posée Amy Muise, chercheuse au département de psychologie de l’université de Toronto Mississauga (Canada). « Les médias ont tendance à dire que plus il y a de rapports sexuels, mieux c’est. Je me suis demandé si ce fait était avéré ». Son équipe a alors lancé une vaste analyse de données, reprenant les résultats de trois enquêtes différentes menées aux États-Unis (depuis 1972 pour la plus ancienne), sur plus de 30.000 personnes. Entre autres questions, les volontaires devaient répondre à « avec quelle fréquence avez-vous fait l’amour dans les douze derniers mois » et « globalement diriez-vous que vous êtes très heureux, assez heureux ou pas heureux ? ».

À partir de ces réponses, les chercheurs canadiens ont examiné la relation statistique entre la fréquence de relations sexuelles des couples et le niveau de satisfaction de la vie en général. Et là, surprise ! Une fois par semaine suffit au bonheur ! Les courbes parlent en effet d’elles-mêmes :  faire l’amour améliore le bien-être général (noté sur 3 points)  de 2,2/3  (pas de relations sexuelles) à 2,4/3 (une fois par semaine). Mais dépassé cette fréquence hebdomadaire, le score n’évolue plus. Pour Amy Muise, ce résultat bat en brèche la pensée commune « plus c’est mieux c’est » et peut rassurer beaucoup de gens qui « peuvent stresser de devoir remporter des ‘sex challenges’ quotidiens ou de se conformer à l’idée que les couples doivent faire l’amour aussi souvent que possible ».

« Sentir la pression pour avoir des relations sexuelles aussi souvent que possible peut être intimidant et même stressant »

Cette découverte conforte un nouveau concept de vie sexuelle établi par deux thérapeutes du Minnesota Michael Metz et Garry McCarthy en 2007 le modèle de « good enough sex ». « Ce modèle suggère que l’intimité est importante dans les relations, mais qu’il est aussi important pour les couples d’être réalistes sur leurs relations sexuelles », explique Amy Muise. Car « sentir la pression pour avoir des relations sexuelles aussi souvent que possible peut être intimidant et même stressant ».

Et quid des célibataires ? Selon les courbes obtenues, les personnes non en couple obtiennent globalement un indice de satisfaction générale plus bas, de 2/3 points, et ce quelle que soit la fréquence de rapports sexuels. « S’engager dans de plus fréquentes relations sexuelles n’est pas associé à plus ou moins de bien-être », estime laconiquement la chercheuse. Ce qui l’intéresse, elle, à présent est d’étudier si des couples « basse fréquence »peuvent voir leur satisfaction générale augmenter en faisant l’amour plus fréquemment. Une sorte d’étude d’intervention. Elle aimerait aussi tester si ce seuil hebdomadaire peut différer chez certaines personnes. Cette étude américaine est-elle valable dans l’Hexagone ? « Je ne sais pas. Il serait intéressant de tester cette question sur un échantillon de couples français. » »