Un homme fume une cigarette électronique, le 12 septembre 2013 à Paris - Franck Fife AFP

Article publié sur 20 minutes par Céline Boff, le 28 octobre 2015.

« La clope électronique est-elle nocive pour la santé ? L’est-elle plus ou moins que la cigarette ? Les débats se concentrent pour l’essentiel autour de ces (légitimes) questions. A l’occasion des Premières rencontres de la vape en France (1), qui se tiennent ce mercredi à Paris, 20 Minutes a plutôt cherché à savoir si l’e-cigarette permet, oui ou non, d’arrêter de fumer.

« Elle a permis à 400.000 personnes d’arrêter le tabac, selon une enquête réalisée en 2014 par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) », répond Bertrand Dautzenberg, pneumologue et auteur d’un rapport sur l’e-cigarette remis en 2013 au ministère de la Santé.

« L’impression d’arrêter par plaisir et non par effort »

Mais combien de ces personnes ont ensuite réussi à se débarrasser de l’e-clope ? L’étude de l’INPES ne le dit pas et « aucune enquête n’a pour l’heure cherché à démontrer l’efficacité de la cigarette électronique dans l’arrêt du tabac », se désole Ivan Berlin, maître de conférences et praticien hospitalier à la Pitié-Salpêtrière.

« Si cet outil était assimilé à un médicament ou à un produit de santé, nous le saurions dans les deux ans. Mais comme il s’agit d’un simple produit de consommation, les fabricants ne sont pas tenus de financer des études et l’argent public n’est pas investi dans ces recherches. »

Si la science ne permet pas de répondre à la question, quid de l’expérience de nos tabacologues ? « Auprès de mes patients, la cigarette électronique ne semble pas fonctionner, mais mes consultations sont très spécifiques : je reçois des personnes de plus de 50 ans ayant déjà développé des maladies liées au tabagisme », explique Ivan Berlin. En revanche, dans les consultations plus « grand public » du professeur Dautzenberg, plusieurs patients sont parvenus à l’arrêt total après un sevrage via l’e-cigarette.

« En tout cas, lorsqu’ils réclament un substitut nicotinique, les fumeurs que je reçois préfèrent, dans l’ensemble, opter pour la cigarette électronique. Beaucoup me disent qu’ils ont ainsi l’impression d’arrêter par plaisir et non par effort », affirme le pneumologue.

La nécessité de ne plus allumer la moindre cigarette

« Je n’ai aucun élément scientifique pour l’affirmer, mais je crois que dans quelques années, la science nous dira que l’e-cigarette est le meilleur substitut », avance Ivan Berlin. Pourquoi ? « Parce qu’avec une gomme ou un patch, l’ex-fumeur incorpore une dose de nicotine très faible et de manière aléatoire, alors qu’il était habitué à recevoir de la nicotine à haute dose et immédiatement. Ce que lui offre la cigarette électronique », répond l’expert.

Mais la dépendance n’est-elle pas ainsi mieux entretenue ? « Non », assure Bertrand Dautzenberg. « Lorsque vous fumez une cigarette, vous « rassasiez » les récepteurs nicotiniques qui se sont créés dans la partie basse de votre cerveau en seulement deux bouffées. Le reste de la cigarette va donc pousser votre cerveau à créer de nouveaux récepteurs. Mais, avec l’e-clope comme avec les patchs ou les gommes, la quantité de nicotine absorbée permet seulement de nourrir les récepteurs présents et ne peut pas en créer de nouveaux ».

A une condition toutefois : que le vapoteur n’allume plus la moindre cigarette. « Dès lors, les récepteurs nicotiniques vont progressivement disparaître, à raison de 1 % par jour », ajoute Bertrand Dautzenberg. Ce qui explique pourquoi les ex-gros fumeurs optent tous, après trois mois de vapotage, pour des liquides contenant « seulement » 6 mg de nicotine, alors qu’ils avaient commencé par des dosages autour de 18 mg.

Le risque de perpétuer le geste

« Mais il ne faut pas se presser. Pendant les six premières semaines, il faut même continuer à vapoter la plus haute quantité de nicotine nécessaire à son organisme », assure Bertrand Dautzenberg. « Il faut aussi choisir son liquide comme on achèterait une belle paire de chaussures, en prenant son temps et en se montrant exigeant. Le plaisir ne doit pas être une option, mais une obligation. Et, surtout, si l’on en vient à arrêter l’e-cigarette, il faut toujours en conserver une… Sur laquelle on pourra se rabattre en cas de coup dur ou de fête ».

Si la cigarette électronique semble présenter des avantages, « le risque est de perpétuer le geste… Nous savons que des personnes n’arrivent pas à arrêter l’e-clope », prévient Ivan Berlin. « Environ 17 % des utilisateurs de gomme en mâchent toujours quatre ans plus tard et les résultats devraient être les mêmes pour les vapoteurs… Mais nous ne savons pas pourquoi », reconnaît Bertrand Dautzenberg. Reste donc à espérer que l’e-clope soit effectivement moins nocive que la cigarette, comme semblent le démontrer les dernières études disponibles sur cette question.

(1) Les Premières rencontres de la vape en France sont organisées par la Fédération interprofessionnelle de la vape (Fivape) et par l’Association indépendante des utilisateurs de cigarette électronique (Aiduce). »