Mal de dos et bipédie

Mal de dos - Fotolia

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Article publié sur Le Figaro Santé par Cécile Thibert, le 5 mai 2015.

 » Le mal de dos, douloureux héritage de notre évolution

Survenue il y a 7 millions d’années chez l’Homme, la bipédie se serait accompagnée de quelques inconvénients dont le mal de dos, aussi appelé lombalgie.

Une étude publiée fin avril par des anthropologues dans le journal BMC Evolutionary Biology suggère que les maux de dos chez certains individus pourraient être expliqués par la forme ancestrale de leurs vertèbres.

L’architecture de notre colonne vertébrale repose sur l’alternance de disques gélatineux intervertébraux et d’os en forme d’anneaux, les vertèbres. Lorsqu’un disque fait une saillie en dehors de sa position normale, on parle d’hernie discale. Il peut alors aller au contact d’un nerf et le compresser, provoquant une douleur vive dans le dos. Il existe plusieurs causes possibles à cette pathologie, comme l’usure des disques, le manque d’activité physique ou encore l’excès de poids.

Plus proches des vertèbres de chimpanzé

Il y a quelques jours, une équipe de recherche internationale a avancé une nouvelle hypothèse, selon laquelle la hernie discale toucherait spécialement des individus dont la forme des vertèbres serait proche de celle des vertèbres de certains primates, et serait, de fait, moins adaptée à la bipédie. En d’autres termes, certains individus porteraient les stigmates du rapide passage à la station debout réalisé par nos ancêtres il y a 7 millions d’années, et cela aurait un impact conséquent sur leur santé.

Les chercheurs ont étudié la relation entre la forme des vertèbres, la bipédie et la santé des individus. Ils ont alors comparé 114 vertèbres humaines, 56 de chimpanzé et 27 d’orang-outan. Parmi les vertèbres humaines étudiées, 54 présentaient des nodules de Schmorl, signe de la présence d’une hernie discale, tandis que chez les primates, il n’y en avait aucun. Pour les scientifiques, cela corrobore la thèse d’un lien existant entre la bipédie et les problèmes de dos. Ils ont ensuite découvert que ces 54 os ressemblaient davantage à ceux des chimpanzés qu’à ceux des humains sains. Ils étaient notamment caractérisés par un foramen plus petit (trou dans lequel circule la moelle épinière), des pédicules plus courts et plus larges (parties situées de part et d’autre du trou vertébral, reliant l’avant et l’arrière de la vertèbre), ainsi que par des corps vertébraux en forme de pelle (partie antérieure de l’os qui s’articule en haut et en bas avec les disques intervertébraux).

«L’évolution n’est pas parfaite»

«Au cours de l’évolution, nos vertèbres ont évolué en même temps que notre locomotion, qui est passé d’un mode quadrupède à un mode bipède», explique Kimberly Plomp, l’une des coauteures de l’étude sur le site de l’Université Simon Fraser (Canada). «Cependant l’évolution n’est pas parfaite. Certains types de vertèbres humaines, telles que celles que nous avons identifiées comme étant similaires aux vertèbres de chimpanzés, semblent être conservées de cette époque ancestrale. Il en résulte que certaines personnes sont moins en mesure de résister aux pressions entraînées par la bipédie».

Ces résultats expliqueraient les origines de certaines formes de maux de dos. Alors que, selon l’Organisation mondiale de la santé, 8 personnes sur 10 sont touchées au moins une fois dans leur vie, les auteurs de l’étude estiment que cette découverte pourrait aider les médecins à prédire le risque de hernie discale chez un patient en examinant la forme de sa colonne vertébrale.  »