L’importance du mental dans le sport !

France - Nouvelle-Zélande, quarts de finale de la Coupe du monde de rugby 2015. Credit: Winston Bynorth/COLORSPOR/SIPA

L’importance du mental dans le sport !

France - Nouvelle-Zélande, quarts de finale de la Coupe du monde de rugby 2015. Credit: Winston Bynorth/COLORSPOR/SIPA

Article publié sur SciencesEtAvenir par Marc Gozlan le 19 octobre 2015.

 » Rugby : le rituel du haka des All Blacks aurait-il un effet biologique ?

Comment rester de marbre lorsqu’on regarde et entend, le haka, ce chant de guerre maori que l’équipe de rugby de Nouvelle-Zélande hurle à la face de ses adversaires pour les impressionner avant chaque rencontre internationale ? « Les pieds, les bras, les langues et les yeux jouent alors une partition frénétique unique dans l’Ovalie mondiale », peut-on lire dans le Dictionnaire Amoureux du Rugby. Mais, ce rite guerrier venu du fond des âges, qui « s’empare des corps des joueurs, et les emporte dans une transe de possédés », peut-il avoir une influence sur le mental des joueurs et leurs performances physiques ? Pas impossible, et même probable, si l’on en croit les rares travaux de psychologues et spécialistes en physiologie sportive qui ont cherché à évaluer les effets d’interventions conçues pour stimuler la motivation de joueurs de rugby professionnels avant les matchs.

Dans le sport de haut niveau, les entraîneurs connaissent toute l’importance que revêt la psychologie pour que leurs champions atteignent des performances optimales, notamment pour renforcer l’envie de gagner et l’estime de soi. La motivation d’un sportif pourrait être liée, au moins en partie, aux effets de la testostérone, hormone fabriquée par les testicules. Il a notamment été montré qu’un comportement agressif dans des sports de combat tels que le judo, est corrélé au taux de cette hormone mâle. De même, des concentrations en testostérone étaient plus élevées chez les gagnants que chez les perdants au cours de compétitions. Enfin, le simple fait de visionner la vidéo d’une ancienne victoire peut élever le taux de testostérone. Ces résultats indiquent un lien entre le statut hormonal d’athlètes de compétition et leur agressivité. Dans la mesure où le rugby, est le sport de contact par excellence, on peut penser qu’un comportement agressif constitue un facteur clé pour une belle performance physique sur le terrain. L’effet de la testostérone se situerait donc sur le plan de la motivation de l’athlète.

Deux chercheurs britanniques, Christian Cook (School of Sport, Health and Exercise Science, Bangor University, Gwynedd) et Blair Crewther (Hamlyn Centre, Imperial College, Londres), ont publié en 2012 dans la revue Hormones & Behavior des résultats montrant que le visionnage d’une vidéo agressive (son coupé), montrant des joueurs se livrant à un haka et à des tacles, entraîne chez des joueurs de rugby professionnels une augmentation du taux de testostérone (mesurée dans la salive). En revanche, aucune élévation de cette hormone n’avait été observée lorsque les sujets de l’expérience avaient regardé une vidéo au contenu neutre (écran blanc). Surtout, ce visionnage s’accompagnait d’une meilleure performance au plan sportif pendant le match qui suivait.

Les deux chercheurs britanniques ont ensuite renouvelé l’expérience en montrant, avant qu’ils ne jouent un match, à des rugbymen professionnels une séquence vidéo montrant une action couronnée de succès par un joueur en même temps qu’un entraîneur émettait des commentaires positifs du style« çà, c’est du beau jeu » ou « voilà ce que j’attends de toi ». Résultat : une élévation significative des taux de testostérone a été observée chez ces grands gaillards de 21 ans, pesant en moyenne 98 kg pour 1,85 m. En revanche, aucun effet sur le taux de testostérone n’avait été noté lorsque la séquence vidéo montrait une belle action exécutée par un joueur adverse avec les commentaires mesurés du coach. Par ailleurs, il s’avère que l’indicateur de performance (différent selon que le joueur était un avant ou un arrière) et le niveau global du jeu étaient meilleurs lorsque les rugbymen avaient visionné la vidéo montrant une belle action avec commentaire positif de l’entraîneur.

Publiées dans la revue Physiology & Behavior, ces expériences semblent indiquer l’existence d’un lien entre la hausse des concentrations de testostérone (induites par le visionnage du haka ou d’une action de jeu efficace) et un comportement agressif, avec pour conséquence une bonne performance physique.

Il convient cependant de souligner que l’ensemble de ces données ne montre qu’une corrélation entre testostérone et performance lors d’un match. Elles ne montrent en aucun cas l’existence d’une relation de causalité entre des variations hormonales et le niveau de jeu lors d’une compétition. Autrement dit, il est, à ce stade des recherches, difficile de conclure que les performances athlétiques sont uniquement, ou en partie, liées au taux de testostérone, notamment parce que d’autres facteurs hormonaux pourraient également être impliqués (adrénaline, IGF-1, récepteurs aux androgènes).

Il n’empêche. Si visionner un haka suffit à élever les concentrations de testostérone d’un rugbyman professionnel, on peut imaginer qu’il en est de même lorsqu’un joueur des All Blacks, par ailleurs parfaitement entraîné et motivé, est acteur de ce rituel. Cette stratégie psychologique, doublée d’un possible effet de contagion lors d’une danse effectuée avec tous ses coéquipiers et devant des milliers de supporters, ne peut qu’aider à aborder un match crucial avec le désir encore plus féroce d’en découdre. Les Bleus en savent quelque chose !… «