Casque virtuel. Hôpital de la Conception à Marseille. - DR

Article publié sur 20 minutes par Caroline Delabroy, le 29.10.2015.

« En finir avec le tabac grâce à la réalité virtuelle ? La proposition, très sérieuse, est testée ces jours-ci à l’hôpital de la Conception à Marseille, où un grand essai clinique est toujours ouvert à des volontaires qui ont décidé d’arrêter de fumer mais craignent de replonger. « Entre 70 % et 80 % des personnes rechutent car elles sont sans cesse exposées à des situations qui les incitent à fumer », affirme le Dr Eric Malbos, médecin praticien dans le service de psychiatrie du Dr Christophe Lançon.

Il a ainsi imaginé et réalisé en 3D différents environnements virtuels, pour y plonger ses patients grâce au port d’un casque. « J’ai recréé un appartement avec une belle terrasse, où j’ai placé un cendrier et des paquets de cigarettes, j’ai mis en scène l’attente à un arrêt de bus, la pause-café au bureau ou encore une soirée festive au restaurant », énumère ce passionné de jeux vidéo.

Pas question cependant d’immerger directement la personne dans cette réalité virtuelle, au risque de griller les étapes de la thérapie cognitive comportementale. « Il faut commencer par apprendre les techniques de relaxation, de gestion du stress et des émotions, par corriger aussi ses pensées erronées », explique le Dr Malbos. Au titre de ces idées reçues, celle très répandue que la cigarette va calmer une angoisse, « alors que c’est tout le contraire, un stimulant qui contient de la nicotine ».

Virtuel et cigarette électronique, un duo gagnant ?

Sur les 31 personnes qui sont déjà allées au bout du protocole, à savoir une dizaine de séances sur deux mois, la moitié n’a pas rechuté. « Si l’on compare aux méthodes d’arrêt classiques du tabac que sont les livres, les patchs et autres gommes, où le taux de réussite oscille entre 20 % et 30 %, et à la cigarette électronique de deuxième génération, où le taux est de 44 %, nous nous situons au-dessus de la moyenne », se félicite le Dr Malbos. Pour lui, « l’idéal serait sans doute d’associer la réalité virtuelle et la cigarette électronique », une combinaison qu’il souhaite tester dans une future étude.

A Paris, les hôpitaux de Sainte-Anne et de La Pitié-Salpêtrière utilisent également la réalité virtuelle, mais selon le Dr Malbos, « la Conception est le seul à proposer une telle variété de situations ». De fait, lui qui a découvert l’existence de ces méthodes aux Etats-Unis et en Italie, la met en pratique depuis 2004 à Marseille. Et avant le tabac, il a élaboré des scènes virtuelles pour les phobies, la relaxation et également les vétérans de la guerre d’Afghanistan souffrant de syndromes post-traumatiques.

90 % de réussite pour les phobies

Concernant les phobies, l’efficacité du recours au virtuel n’est plus à démontrer. « Nous obtenons un taux de réussite de 90 % », relève le Dr Malbos. Il explique le différentiel avec le tabac par le fait qu’il est plus facile d’agir sur une situation que l’on évite, que sur un objet que l’on désire. Mireille, 54 ans, a pu mesurer les effets sur sa claustrophobie au bout de quelques séances. « Je ne prenais plus d’ascenseur depuis mes 25 ans, j’ai réussi à le faire en réel sur deux étages », témoigne-t-elle. « Le virtuel m’a aidé à franchir le pas, poursuit-elle. C’est comme si mon cerveau avait acquis de nouveaux réflexes, je ne suis plus la même vis-à-vis de mes phobies ».

Bientôt, le casque virtuel sera disponible au grand public. « Au premier trimestre 2016, de grandes marques vont en mettre sur le marché à un prix de 300 à 400 euros », déclare le Dr Malbos, que cela n’inquiète pas du tout. Bien au contraire, il perçoit ces casques comme l’opportunité de prolonger chez soi les séances dans le cabinet d’un praticien. Il a même joué les rôles de consultant auprès d’une société basée à Sanary-sur-Mer, dans le Var, qui développe un logiciel grand public. Bientôt, outre la pharmacie, la librairie, il faudra donc aussi compter avec les rayons informatiques pour lutter contre le tabagisme. »