Des cheveux cultivés en laboratoire !

Calvitie

Des cheveux cultivés en laboratoire !

Calvitie

Article publié sur Le Figaro Santé le 3 janvier 2014 par Tristan Vey.

 » Des prémices de cheveux cultivés en laboratoire

Une équipe américano-anglaise a réussi à faire pousser des follicules pileux à partir de cellules de peau qu’ils ont multipliées.

Il n’existe aucun traitement qui permette aujourd’hui de faire repousser durablement les cheveux. La calvitie, qui touche environ un homme sur deux à 50 ans en France, est un mal incurable. Seules deux molécules, le minoxidil et le finastéride, ralentissent réellement la chute des cheveux (alopécie), induisant parfois une petite repousse. Ces traitements sont néanmoins très lourds (application ou prise quotidienne et à vie) et loin d’être dénués d’effets secondaires – notamment sur la libido.

Une voie de recherche prometteuse, la culture de cheveux en laboratoire, a franchi un grand pas grâce à une étude publiée l’année dernière dans les Comptes rendus de l’académie américaine des sciences(PNAS) par une équipe menée par l’Américaine Claire Higgins. Des chercheurs de l’université de Columbia (États-Unis) et de l’université de Durham (Grande-Bretagne) ont réussi à recréer des follicules pileux, les usines à cheveux, à partir de papilles dermiques, un ensemble de cellules situées profondément sous la peau (dans le derme). «La papille dermique est un peu le chef d’orchestre de la pousse capillaire», explique Bruno Bernard, responsable du laboratoire L’Oréal de recherche et innovation en biologie capillaire. «C’est elle qui va provoquer l’invagination du cuir chevelu par un follicule pileux, lequel va lui-même fabriquer le cheveu, guidé par la papille.»

Une chevelure reconstituée à partir d’une seule racine?

Les papilles ont été prises à environ 4 mm de profondeur dans le cuir chevelu de volontaires, puis réimplantées dans de la peau de prépuce, un tissu naturellement dénué de tout poil qui pourrait perturber l’expérience. Ce tissu est ensuite greffé sur le dos d’une souris, qui sert de support vivant. La plupart ont alors induit la genèse d’un follicule. Les chercheurs américains et anglais sont encore allés plus loin. «Ils ont réussi à cultiver les cellules de ces papilles dermiques pour les multiplier virtuellement à l’infini et à reconstruire une structure tridimensionnelle en injectant 3000 de ces cellules dans une “goutte pendante”», s’enthousiasme Bruno Bernard. «Les cellules, en s’agrégeant au fond de la goutte, ont reconstruit des sphéroïdes.» Jusqu’à présent, les papilles dermiques humaines placées en culture 2D perdaient leurs propriétés. Qu’en était-il de ces sphéroïdes?

Pour le savoir, les chercheurs les ont implantés, comme les papilles, dans de la peau de prépuce. Et cela a marché. Entre 15 à 60 % de ces structures ont induit la naissance d’un follicule pileux. «C’est une avancée majeure», assure Bruno Bernard. La technique de greffe de cheveux, ou implants capillaires, est pour l’instant limitée par l’impossibilité de multiplier les racines prises à l’arrière du crâne, dans la zone occipitale, pour être ramenées sur le sommet du crâne. Ces nouveaux travaux suggèrent qu’il sera peut-être possible dans un avenir proche de reconstituer une chevelure entière à partir d’une seule racine.

Faire pousser des poils dans la main…

«C’est une marche importante de franchie, mais nous ne sommes pas encore en haut de l’escalier», tempère néanmoins Bruno Bernard. Si des follicules ont bien été induits, seuls deux, sur la centaine de sphéroïdes greffés, ont bien donné un cheveu maigrichon. «Tous les gènes inhibés par la mise en culture n’ont pas été réactivés. Il manque notamment l’expression de LEF-1, un gène clé dans la pousse du cheveu», souligne le spécialiste français du follicule. Il faudrait également utiliser des tissus plus proches du cuir chevelu que le prépuce. «Pourquoi pas du tissu de la paume» pour faire pousser un poil dans la main, propose le chercheur avec humour. Un tissu moins innervé mais, en principe, tout aussi glabre.  »